La nouvelle biométrie fœtale 3.0 : intérêt d’Intergrowth 21

Imagerie médicale

La nouvelle biométrie fœtale 3.0 : intérêt d’Intergrowth 21

Auteur(s) : 
Sarah Nahmani

Le suivi de la croissance fœtale est un élément important de la surveillance prénatale. Le retard de croissance intra-utérin (RCIU), associé à une morbidité et mortalité élevées, est un enjeu de santé publique. L’étude de Monier en 2014 suggérait que seulement 20% des RCIU avérés étaient dépistés en prénatal. Mais qu’est-ce que le RCIU ? C’est une entité difficile à définir, où le fœtus est caractérisé par un petit poids comparativement à ce qu’il devrait être. Autrement dit, des fœtus petits pour l’âge gestationnel ne sont pas tous des RCIU et a contrario, il existe des RCIU à poids dit normal mais anormalement normal chez un fœtus qui était prédestiné à être plus gros.

Pour le définir il est absolument fondamental d’avoir correctement apprécié l’âge gestationnel, d’avoir effectué des mesures échographiques standardisées et d’avoir corrélé ces mesures à des abaques valides.

Concernant la datation, les mesures semblent validées et doivent être conservées en l’état. La mesure de la longueur crânio-caudale (LCC) doit être évaluée entre 11SA et 13 SA + 6 jours, et interprétée selon la formule de Robinson appliquée depuis 1975 (Fig.1).

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Fig. 1. Longueur cranio-caudale au premier trimestre en 1975 à gauche, 2008 à droite. Evolution de la technique échographique sans modification de l’interprétation de l’âge gestationnel.

L’estimation du poids fœtal selon la formule d’Hadlock (1985) issue des biométries du deuxième et troisième trimestre reste valide ; cependant, les abaques et courbes fœtales utilisés en France montrent certaines limites.

N’ayant pas évolué depuis plus de vingt ans, ces courbes sont des approches descriptives. On oppose les courbes descriptives qui sont juste le reflet d’une distribution de la croissance fœtale à un endroit donné et à un moment donné, dans des populations réduites, aux courbes prescriptives issues de données beaucoup plus larges, basées sur un recueil international : intergrowth 21. Ce réseau international de 300 chercheurs et de cliniciens de 27 institutions dans 18 pays correspond au plus grand projet de collaboration dans le domaine de la recherche en santé périnatale à ce jour. Une importante étude, à la méthodologie très rigoureuse, dans laquelle les opérateurs étaient en aveugle des mesures échographiques qu’ils réalisaient, a permis de constituer de nouveaux abaques traduisant davantage la réalité. Ces abaques sont appliqués dans de nombreux pays et en discussion actuellement en France. A terme, le dépistage de RCIU devrait alors reposer sur un faisceau d’arguments, qui, comme le dépistage combiné de la trisomie 21, intégrerait données Doppler, marqueurs biologiques, âge maternel et estimation de poids fœtal selon les courbes d’Intergrowth 21.


Sarah Nahmani
Paris